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Calouste Gulbenkian, « Mr. Cinq Pour Cent »
26 March 2019

Mr Five per Cent, de Jonathan Colin (en anglais, Profile Books, 2019) est la biographie de Calouste Gulbenkian, un des rares collectionneurs dont le nom est attaché à un musée de classe mondiale, à Lisbonne.

Pendant près d’un demi-siècle, jusqu’à sa mort en 1955, Calouste Gulbenkian touchait un pourcentage (d’où son surnom) sur les ventes du pétrole puisé sur le territoire de ce qui fut l’Empire ottoman, en particulier en Irak. Il le devait à son art de mettre d’accord ceux qu’on appellerait bientôt les « majors » (Shell, Standard Oil, ...).

Ce même don de négociateur lui permit d’acheter à bon compte, entre 1928 et 1930, quelques-uns des chefs-d’œuvre du Musée de l’Ermitage vendus par les Soviets. Mais il avait commencé à collectionner longtemps avant, et ne s’est pas arrêté là.

Ce livre est plus une « business story » qu’une « art story ». Mais de connaître mieux l’homme vous fera mieux apprécier la collection. Car si Jean Paul Getty, cet autre magnat du pétrole, a légué au musée qui porte son nom les moyens de ses ambitions, Calouste Gulbenkian a formé lui-même sa collection, avec l’ambition que lui permettaient, certes, ses moyens.

A lire :

Jonathan Colin, Mr Five per Cent, The Many Lives of Calouste Gulbenkian, The World’s Richest Man, Londres, Profile Books, 2019.

 

 

 


Dianne Dwyer Modestini : Masterpieces
12 September 2018

Federico Zeri, le dernier grand historien de l’art italien, avait l’éloge rare. Mais dans J'avoue m'être trompé, il décrit Mario Modestini comme « le meilleur artisan dans ce domaine » (la restauration de tableaux), avec « l’œil d’un grand connaisseur » et « une culture étendue à tous les domaines ».

Mario Modestini (1907-2006) épousa sur le tard Dianne Dwyer, qui travaillait au Metropolitan Museum et poursuivit son activité au côté de son mari, puis seule. C’est elle qui a restauré, de 2006 à 2011, le Salvator Mundi de Léonard de Vinci, vendu 450 millions de dollars en 2017.

L’histoire de cette restauration constitue le dernier chapitre de Masterpieces, qui sont en fait les mémoires de Mario Modestini mis en forme, commentés et complétés par Dianne.

C’est l’histoire de l’art, et du marché de l’art, vue par le microscope, mais interprétée par l’immense intelligence et modestie de ce couple étonnant. Vous y apprendrez beaucoup, sur la restauration bien sûr (et la querelle des « humanistes » et des « scientifiques »), les faussaires, les marchands, les musées américains, l’Italie mussolinienne, l’Amérique de l’après-guerre... A page-turner, comme on dit là-bas.

A lire :

Dianne Dwyer Modestini, Masterpieces. Based on a manuscript by Mario Modestini, Florence, Cadmo, 2018.


Peggy Guggenheim / Marguerite d’Autriche : deux collectionneuses à travers l’histoire
29 May 2018

Peggy Guggenheim, mécène d’art américaine du 20ème siècle, d’une part, et Marguerite d’Autriche, princesse et « femme d’état » du 16ème siècle : le rapprochement peut paraître osé, tant le parcours et les mœurs des deux femmes sont éloignés. Mais elles furent toutes deux des femmes d’influence, et rassemblèrent une collection d’art inégalable.

Marguerite d’Autriche (1480-1530) se passionna pour les « primitifs flamands », de Jan Van Eyck à Jan Gossaert, en passant par Rogier Van der Weyden et Hans Memling. Son rôle dans la « Renaissance du Nord » n’est plus à démontrer. Elle légua ses tableaux au Monastère de Brou, qu’elle avait fait construire près de Bourg-en-Bresse ; avant qu’ils ne fussent dispersés aux quatre coins de l’Europe. Quelques-uns sont de retour dans une exposition qui présente, jusqu’au 26 août 2018, les « Trésors de Marguerite d’Autriche », avec un catalogue de qualité.

Peggy Guggenheim (1898-1979) décida de consacrer sa vie aux artistes. Elle y parvint plutôt bien : dans une époque d’effervescence artistique, elle constitua l’une des plus importantes collections d’art du 20ème siècle et ouvrit, en 1952, un musée personnel à Venise. La biographie de Francine Prose, publiée en avril, revient sur son rôle dans la promotion de l’art de son temps, ainsi que sur son image de femme moderne, parfois attaquée sur son comportement de « petite fille riche » et supposément nymphomane.

Ces deux publications, à travers le parcours croisé de ces deux femmes d’exception, rappellent que collectionner est une passion, mais aussi un art.

A lire : 
Francine Prose, Peggy Guggenheim, Le choc de la modernité, Paris, Tallandier, 2018 ;
Magali Brat-Philippe, P.G. Giraud, La collection de Marguerite d'Autriche, De Van Eyck à Van Orley, Rennes, Presses Universitaires Rennes, 2018.


Collectionner avec John Maynard Keynes
28 May 2018

Un blog du Wall Street Journal signale une étude intéressante sur la collection d’art de l’économiste John Maynard Keynes, ses prix d’achat et la valeur des œuvres aujourd’hui. Il en ressort un retour sur investissement, dans le long terme, pratiquement équivalent aux actions… sans compter le « rendement esthétique », le plaisir que procurent les œuvres.