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Eugène Delacroix

Charenton 1798 - Paris 1863

Études pour le salon de la Paix de l'Hôtel de Ville de Paris et pour la chapelle des Saints-Anges de Saint-Sulpice

1852

Encre noire sur papier 26 x 39,5 cm. Marque de l'atelier Delacroix en bas à droite

Provenance : Paris, collection privée.

Bibliographie comparative : M. Sérullaz, Les peintures murales de Delacroix, Paris, 1963 ; L. Johnson, The paintings of Eugène Delacroix : a critical catalogue, vol. V, 1981, p. 133-157 ; M. Sérullaz, Inventaire général des dessins, École française : dessins d'Eugène Delacroix,1798-1863, Paris, 1984 ; L. Delteil, Eugène Delacroix, the graphic work ; a catalogue raisonné, San Francisco, 1997.

La composition très particulière de ce très beau dessin qui évoque un tympan nous a permis d'en retrouver le sujet et le propos. En 1851, Eugène Delacroix se voit en effet proposer la réalisation d'un important ensemble décoratif destiné au salon de la Paix situé au premier étage de l'Hôtel de Ville de Paris, à l'extrémité de la grande galerie des fêtes.

Il est à ce moment encore occupé à l'exécution de la chapelle des Saints-Anges à Saint-Sulpice, ensemble auquel se rattache la partie inférieure gauche de notre dessin qui doit être rapprochée de la figure du serviteur dans la grande fresque du Combat de Jacob et l'Ange.

C'est donc un Delacroix au tout début de son travail d'élaboration dont ce gracieux dessin témoigne, sans doute au mois de février de 1852. Il note en effet dans son Journal au 21 de ce mois « J'ai commencé dans la seule matinée d'hier tous mes sujets de la Vie d'Hercule » pour le salon de la Paix (Journal, t. 1, p. 459), le 26 il en conçoit les indications de couleur. Si l'on suit assez précisément à travers son Journal et sa correspondance avec George Sand les étapes de sa conception, il faut rappeler qu'évidemment cet ensemble a péri dans l'incendie de l'édifice le 27 mai 1871, nous ne le connaissons que par les différents relevés de l'époque, en particulier ceux de Pierre Andrieu (1821-1892) qui collabora avec Delacroix sur ce chantier précis, ainsi que quelques esquisses peintes.

À ce moment Delacroix est tout à l’enthousiasme du projet et délaisse les fresques de Saint-Sulpice, dont notre dessin porte pourtant témoignage. C'est aussi pour lui l'occasion de se mesurer à Ingres auquel est confiée la décoration du salon de l'Empereur à l'autre extrémité de la galerie. Mais il est malade et tourmenté, pressé par ses commanditaires, il semble que le chantier ait tourné pour lui au cauchemar. Il est enfin achevé en février 1854 et livré aux critiques. Théophile Gautier décrit ainsi le tympan : « Dans un autre cadre placé entre le Vice et la Vertu, à ce carrefour du chemin où la vie se bifurque comme l'Y de Pythagore, il n'hésite pas à suivre le guide austère qui mène à la gloire à travers les travaux et les périls » (dans Le Moniteur Universel, 25 mars 1854).